Black Star continue de briller. Assurément.
[LIVE REPORT] Le 12 novembre dernier, Black Star offrait une rencontre à son public parisien après plus de 10 ans d’absence. C’était mythique! Laisse-nous te raconter…
En ce début de soirée d’automne, en plein milieu de semaine, je rejoins mon acolyte devant cette institution qu’est l’Élysée Montmartre. Pas d’attente. Les passionnés arrivent au compte-gouttes et s’engouffrent un à un à l’intérieur de l’édifice. La fraîcheur ambiante que nous avons bravée pour être présents y est certainement pour quelque chose, mais il était impossible de rater un tel rendez-vous. Mos Def et Talib Kweli, aka Black Star s’est reformé le temps d’une tournée, et les fans parisiens ne les avaient pas vus ensemble depuis 2012. Le public est magnifique, composé d’amoureux du Hip-hop de tout âge : des cheveux et barbes grisonnantes croisent des visages à peine pubères, les hip-hop heads se mêlent aux bobos parisiens et aux stars incognitos (j’ai passé la soirée à côté du grand Saul Williams). Les sourires, eux, sont omniprésents.
19h55 : L’échauffement avec Onelight
DJ Onelight lance les hostilités sans prévenir ! Sa sélection, strictly Hip-hop des années 90/2000, met l’accent sur le « Boom Bap » pour mon plus grand bonheur. La salle continue de se remplir, et à l’heure où certains débattent sur la mort du hip-hop, voir toutes les générations et classes sociales se retrouver et bouger la tête en cadence c’est (excusez l’expression) « foutrement beau » ! Une fois que DJ Onelight a clos son set, de manière aussi brute et sans fioritures qu’il l’avait débuté, la salle pleine est prête et impatiente. Quinze minutes s’écoulent pendant lesquelles les techniciens s’affairent à régler un projecteur. En dehors de ce projecteur et de l’éclairage, pas de « chichis » ni de décor clinquant : le ton est donné. DJ Big Von fait son entrée, annonçant un show à l’image des deux artistes new-yorkais : brut, authentique et intense.
Black Star, un rendez-vous avec une Étoile
Il est 20h53 lorsque les premières notes de l’inimitable « Devil’s Pie » du regretté D’Angelo retentissent pour introduire le légendaire duo. Toute la salle frémit. C’est une belle manière de lancer le show et de rendre hommage à l’icône Soul. Yasiin Bey répand délicatement des pétales de roses sur la scène avant de rejoindre son binôme. Les salutations en français marquent le commencement de la grande messe. Le public, déjà conquis, se met à bouger en rythme sur l’hymne « Black Fantastic ». Les deux comparses déroulent une énergie folle. « You Already Knew », « Astronomy », « The Main Thing Is To Keep The Main Thing », « This Means You », « Close Edge »… Les titres s’enchaînent, entremêlant allègrement projets solo et collectifs.
La salle jubile au son de « Raw Shit » sur lequel Talib Kweli rend un hommage appuyé au légendaire J. Dilla. La tension est maintenue avec l’enchaînement de gros classiques. « Auditorium » de Mos Def, « Move Something » de Kweli, qui enchaîne sur l’instru de « Like Whoa » du défunt Black Rob. Le paroxysme est atteint avec le puissant « The Blast ». Yasiin danse, la salle vibre ; la communion annoncée est palpable. Nous ne sommes plus à Paris, mais dans une Block Party new-yorkaise. La voix unique de Gil Scott-Heron sur « We Almost Lost Detroit » nous invite à reprendre notre souffle. Et c’était nécessaire pour mieux accueillir le fabuleux « Brown Skin Lady ». La voix parfaitement maîtrisée de Yasiin Bey nous transporte, et il termine a cappella, accompagné uniquement par nos applaudissements.

Black Star provoque une transe Parisienne
Étape française oblige, une invitée de marque se dévoile. Célia des Nubians les rejoint sur scène pour interpréter « Love Language » avec Talib Kweli. Merci à elle d’embarquer la salle dans son interprétation du tube « Makeda », repris en chœur par le public. L’énergie reste des plus élevée! Yasiin Bey chante et danse comme en transe sur « Casa Bey » et ses influences Afro-latino, suivi de « K.O.S. ».
Le public exulte dès que Big Von lance l’instrumental de « Respiration ». Toute la salle est maintenant en transe, la foule dense bougeant comme un seul corps. Tout simplement magique. C’est le quart d’heure shout out! On savoure les anthologiques « One Blood » de Junior Reid et « Bam Bam » de Sister Nancy. N’oublions pas « You Don’t Love Me » de Dawn Penn. Le medley reggae laisse place à « Remix for P’is Free » de Boogie Down Productions, qui maintient notre cardio. Place au monumental « Definition » suivi du tout aussi efficace « Re Definition », un régal.
The Gospel
Je t’ai parlé d’un grand moment de communion ? On aurait pu croire que la messe était dite après ce pic d’énergie partagée. Mais c’est là que débute une sorte de Gospel, une ambiance digne des Negro Spirituals du sud des États-Unis. La salle frappe des mains et des pieds en rythme, avec notre duo en exceptionnels maîtres de cérémonie. « Free Gaza, Free Soudan, Free Congo », clamé par Yasiin Bey et repris par le public comme une litanie. Nos deux artistes engagés n’ont rien perdu de leurs convictions. Leurs verves militantes nous rappellent que nous devons faire front, garder le cap et nous unir. C’est d’ailleurs à l’unisson que la salle entière scande fièrement les paroles de « Get By » de Talib Kweli. Encore un grand moment de puissance et de partage.
Toujours dans l’émotion, Yasiin Bey choisit cet instant pour rendre hommage à sa mère avec « Kijani ». Beaucoup attendait « Ms Fat Booty » mais non! C’est le très l’attendu « Umi Says », qui fait l’unanimité. À l’image de leur entrée, nos deux MC ponctuent le show sur « Untitled (How Does It Feel) » de D’Angelo. Merci pour cette célébration de 30 ans de carrière! Black Star signe des projets communs rares mais exceptionnels, rythmés de parcours personnels indépendants. Le tout a surtout marqué la culture d’une empreinte indélébile. À notre arrivée à l’Elysée Montmarte, il y avait des personnes de tout âge. À la fin, on avait tous 11 ans comme le benjamin de la soirée! Les yeux brillants, les oreilles enchantées, le sourire aux lèvres et le cœur en joie.






