“Bam Bam”, le docu qui raconte enfin l’histoire de Sister Nancy
Sister Nancy est une figure incontournable de la scène dancehall jamaïcaine. Et son impact sur l’industrie musicale est tout aussi titanesque que son héritage. Son titre “Bam Bam” a été samplé par de nombreux artistes .Pour autant la chanteuse aura attendu 34 ans avant d’en percevoir des royalties. Un documentaire inédit raconte enfin son histoire.
“Bam Bam”. Tu connais sans doute ce titre mythique de Sister Nancy, sorti en 1982 et devenu un véritable hymne dancehall. Et si jamais cela ne te dit rien, il a été samplé à une telle ampleur que tu as forcément entendu un échantillon de ce morceau quelque part. Si je te dis: “Lost Ones” de Lauryn Hill, “The Basement” de Pete Rock & CL Smooth, “Bam” de Jay-Z et Damian Marley. Ou bien “Blowjob Betty” de Too Short, avec sa ligne de basse, est-ce que ça t’évoque quelque chose? Tous contiennent des samples, plus ou moins modifiés du morceau de Ophlin Russel-Myers aka Sister Nancy. Le son lui-même s’inspire de “Bam” des Maytals et Byron Lee & The Dragonaires.
Des batailles judiciaires interminables
« Bam Bam » est l’expression en patois jamaïcain qu’utilise Sister Nancy pour s’affirmer en tant que signature féminine du DJ style. La pratique, identifiée comme les prémices du rap dans les années 60, consiste à toaster, c’est-à-dire mi-chanter mi-parler sur une version instrumentale. Muma Nancy n’a pas peur de se confronter aux hommes qui excèlent dans la discipline car elle se revendique être la meilleure.
« a true dem nuh know me a one bisnis ‘oman » pour « en vérité ils ne savent pas que je suis une femme d’affaires ».
Extrait « Bam Bam », Sister Nancy, 1982
Les paroles de son morceau n’ont pourtant pas trouvé écho dans la suite de l’histoire. Son œuvre a radicalement été pillée de toute part, sans mentions ni crédits. 34 ans, c’est le nombre d’années d’utilisation de sa musique sans recevoir aucune royalties pour les échantillonnages de « Bam Bam ». Mais en 2014, une pub de Reebok est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Soutenue par sa fille, Sister Nancy décide de poursuivre la marque pour utilisation illégale de son morceau. Elle a, par la suite, repris peu à peu les droits sur sa musique et perçu ses royalties. Mais les pertes colossales essuyées durant toutes ces années sont indéniables.
Un documentaire exclusif incarné par Sister Nancy elle-même
« Bam Bam » de Sister Nancy fait partie de notre conscience collective depuis plus de 40 ans. Mais que savons-nous vraiment d’elle ? L’histoire incroyable de cette femme fait désormais l’objet d’un documentaire de 98 minutes. Disponible en salles aux Canada depuis le 31 janvier, le long-métrage réunit pléthore d’artistes. Sister Nancy elle-même sert de fil conducteur. On y retrouve aussi Pete Rock, DJ Kool Herc, Sister Carol, et Young Guru. Autant que Large Professor, Tony Rebel, Queen Ifrica, Janelle Monae, et bien d’autres. Le documentaire est réalisé par la canadienne Alison Duke, qui s’est déjà illustrée dans plusieurs documentaires à succès. Drôle et instructif, selon les premiers retours, le film est rythmé de performances live de tournées, d’interviews, d’images d’archives et de reconstitutions. Bam Bam: The Sister Nancy Story intègre la sélection du Tribeca Film Festival et commence son festival de films.
Célébration vibrante de la culture jamaïcaine et de l’histoire du reggae, le documentaire célèbre aussi l’héritage sans précédent de Sister Nancy. A ce jour, aucune projection de programmée en France mais l’actualité autour du film est disponible ici. On se console avec la bande-annonce?






