HOODS: Daoud & Mani Deïz unissent leurs mémoires en 5 titres
Quand un trompettiste franco-marocain et une légende du beatmaking hexagonal unissent leurs mémoires, ça donne un EP aussi cinématographique que marquant. Le 24 avril dernier, Daoud et Mani Deïz nous ont offert Hoods : cinq titres instrumentaux qui traversent les continents sans jamais quitter l’intime.
Le jazz et le hip-hop, c’est une histoire de famille. L’un a grandi dans les disques de l’autre, à coups de samples et de réinterprétations. Deux genres qui avancent depuis toujours main dans la main. Et c’est exactement là que Mani Deïz a construit son univers. Dans cet espace entre les deux, où une note de trompette peut devenir le cœur d’un beat. Aujourd’hui, il unit ses forces au trompettiste Daoud pour fusionner leurs héritages. Le résultat s’appelle Hoods. Cinq morceaux pour représenter cinq quartiers qui ont forgé des épisodes de leurs vies. Un exercice qui n’est pas à la portée de tout le monde. Et un voyage sonore dont on ne ressort pas indemne.

Deux univers, un même langage
Daoud c’est l’enfant terrible du jazz français, celui qui refuse de s’y soumettre. D’ailleurs, il l’a dit lui-même : « Je suis obsédé par l’idée d’être un clown depuis l’âge de trois ans. J’ai dû en voir un jouer de la trompette à la télé. C’est ainsi que j’ai choisi cet instrument, non pas par ambition classique, mais pour son absurdité théâtrale. » Tout est là. Une musique portée par un sentiment d’inadéquation, qui bouscule les cadres académiques sans chercher à plaire à quiconque.De Ronnie Scott’s à Londres au Montreux Jazz Festival, en passant par Marciac, son parcours est aussi hors norme que sa musique. Car le jazz, à l’origine, c’est exactement ça : une musique de la dignité et de la liberté, qui a toujours puisé sa vitalité dans la contestation. Ainsi, Daoud en a compris l’esprit, celui de ne jamais se soumettre. Alors, après Good Boy en 2024 et ok en 2025, deux albums salués par la critique, Hoods est sa façon de continuer à avancer, selon ses propres termes.
Mani Deïz, son côté, est une pièce maîtresse du rap hexagonal depuis plus de vingt ans. Autodidacte, il se définit comme un « décorateur de silence ». Une vingtaine d’albums, des collaborations avec Kool Shen, Furax Barbarossa ou Lacraps. Mais ce producteur français est aussi membre du collectif de beatmakers Kids Of Crackling. En effet, tout a démarré avec une obsession précoce : Hell on Earth de Mobb Deep, qui l’avait « vraiment choqué » et qui a tout déclenché pour lui. Un disque construit sur des samples de jazz, de piano, de cordes, exactement là où les deux genres se touchent. Depuis 2017, il cherche à expérimenter autre chose, plus loin que la boucle traditionnelle. Hoods est la suite logique de cette mutation.

Une cover, un EP, un univers
Le concept de cette union est simple et beau. En effet, chaque morceau porte le nom d’un endroit qui a vraiment compté pour l’un ou l’autre. Pas des lieux inventés mais des adresses qui ont forgé des artistes. De Tabriquet à Salé au Maroc, en hommage au grand-père compositeur de Daoud, jusqu’à Oued Skhoun en Algérie, quartier natal de la mère de Mani Deïz. En passant également par Lyon, New York et Saint-Louis. Bref, cinq escales, cinq fragments de mémoire et une seule cohérence musicale. La cover, elle, dit tout. Elle résume un collage foisonnant dans lequel tout coexiste sans logique apparente. Par exemple, on y trouve deux soucoupes volantes, qui évoquent probablement deux extraterrestres. Également des papillons aux couleurs éclatantes, symbole d’un art qui se nourrit et s’épanouit. Des oiseaux migrateurs qui traversent les continents, comme ces cinq morceaux qui voyagent de Salé à Queensbridge. Mais aussi une pyramide ancienne, qui rappelle que tout ici repose sur des fondations profondes. Et au centre, un fennec endormi : paisible, sauvage, discret. Peut-être le symbole le plus juste des deux artistes.

Et mes deux crush sont…
Deux titres tournent vraiment en boucle ici. “Queensbridge, New York” d’abord, premier single de l’EP. C’est une ode à l’énergie originelle du hip-hop. Car Queensbridge, c’est un berceau du rap des années 90, un quartier qui a vu naître Nas, Kool G Rap, Mobb Deep ou Marley Marl. D’ailleurs, Mani Deïz y convoque cette énergie fondatrice, celle qui a tout déclenché pour lui. Et cette référence au boom-bap new-yorkais, tendu et cinématographique, on l’entend clairement. La trompette de Daoud s’y glisse sans forcer, comme si la rue l’avait toujours attendu. Regarde !!
“Cherokee-Lemp, St. Louis” ensuite. Ce morceau reflète le passage de Daoud aux États-Unis. Une période faite de tensions quotidiennes et de vitalité artistique. D’ailleurs, Daoud dit lui-même qu’il serait « tellement malheureux » à jouer dans des clubs assis où le public ne bronche pas. Et ce titre-là, c’est exactement ça : une tension qui résiste, qui ne se laisse pas apprivoiser, et qui finit par t’avoir. Sinon, “Oued Skhoun, Guelma” est top aussi ! Écoutes ça… Oued Skhoun, Guelma

15 min 45 sec, digne de la BO d’un film
En quinze minutes quarante-cinq secondes, Hoods te transporte sans t’expliquer où tu vas. Pas de voix, pas de featuring. Mais une trompette, des beats, des nappes organiques, des grooves qui avancent au ralenti. Et des silences qui parlent autant que les notes. Ça sonne comme la bande originale d’un film qu’on n’a pas encore vu. Mélancolique par endroits, tendu par d’autres. Enfin, imprégné de touches jazz profondes, l’EP ne ressemble à rien d’autre. Juste deux musiciens qui prouvent, sans forcer, que le jazz et le hip-hop sont faits pour s’unir. Il est court, dense, et laisse une trace bien plus longue que sa durée, même si on aimerait que le voyage dure plus longtemps…Mais une question reste en suspens : comment ces deux-là se sont-ils rencontrés ? On attend que Daoud et Mani Deïz nous le racontent !

Bref, HOODS est disponible sur toutes les plateformes depuis le 24 avril. Fonces, Le lien est juste ici ! EP Daoud et Mani Deïz






