Avec l’album MICHAEL, Killer Mike manifeste sa masterpiece/ Sponso
CRITIQUE. Il y a quelques semaines, on revenait sur le rappeur Killer Mike à travers un portrait de cette figure incontournable d’Atlanta. Mais surtout, on te vantait les mérites de MICHAEL, son dernier album qui lui a valu de remporter quelques Grammys, en particulier celui d’album rap de l’année. Allons un peu plus loin et entrons dans le détail avec la critique de cet album-masterpiece de 54 minutes. Let’s go!
MICHAEL : Les clés d’un album intemporel

MICHAEL, l’album de Killer Mike présente les caractéristiques d’un intemporel. Le premier ingrédient à sa recette? Incontestablement, sa musicalité! La dimension mélodieuse du projet est rendue possible grâce au gospel. Le gospel agit comme un cri de ralliement du peuple, tissé tout le long de l’album. Pour ça, il peut compter sur Jason McGee & The Choir, réputé pour diriger d’une main de maitre, des chanteurs et des chœurs d’exception aux États-Unis. Mais aussi Lena Byrd-Miles et les influences neo soul, R&B de Eryn Allen Kane ou Ty Dolla $ign.
Ingrédient n°2: MICHAEL est un projet qui dépasse les limites du rap. Il y a certes du gospel, mais on retrouve dans l’opus primé du boom bap, de la trap et des influences mumble pour accompagner les lyrics sans langue de bois de Killer Mike. De manière générale, on parcourt les différentes époques du rap sudiste que l’artiste a traversé. N’oublions pas que l’artiste représente Atlanta! Son rap est aussi enveloppé de ses autres influences soul, funk, qui le rend définitivement accessible.
Le cocktail est un mélange de “raw” chère aux hip-hop heads, de douceur et de vulnérabilité, à l’image des sujets abordés dans l’opus finalement. Et c’est ce qui lui donne toute sa force. MICHAEL est un 14 titres mélodieux, mais aussi un projet personnel et introspectif, où le rappeur partage ses expériences et leçons de vie, sa vision du monde et de la société. L’album est donc inévitablement authentique, n’en déplaise à certain. Et c’est l’ingrédient n°3 d’un intemporel!
MICHAEL : Une tracklist qui réunit 2 générations d’artistes
Avec son album MICHAEL, Killer Mike propose 14 titres pour 17 featurings. C’est beaucoup! En général, ça passe ou ça casse avec cette formule. Mais ces combinaisons, parfois étonnantes, sont parfaitement étudiées des “scientifiques et ingénieurs” de sa production. L’album comptabilise 17 invités: des signatures de plus de 25 ans de carrière tels que CeeLo-Green, André 3000, Jagged Edge; et des artistes plus jeunes tels que Young Thug, Lena Byrd-Miles, 6LACK, Eryn Allen Kane ou encore Future, pour ne citer qu’eux.
Surtout, Killer Mike a réussi l’exploit de faire sortir André 3000 de sa coquille. Car depuis 2010, il ne nous est apparu que très peu de fois, uniquement sur des featurings. Bizarre que Big Boi, son comparse de toujours, n’y figure pas d’ailleurs… En invitant un tel casting d’invités, Killer Mike offre un album rap certes, mais avec un certain éclectisme pour les familles de ces deux dernières générations. Autre fait à souligner, la scène d’Atlanta est très bien représentée. Et ce n’est certainement pas un hasard de la part d’un natif ! Ceelo-Green, André 3000, Kaash Paige, Future, Young Thug, Jagged Edge assurent la représentativité de l’une des capitales et centres de gravité les plus influents du rap US. Comme il le clame à la fin de “DOWN BY LAW”, “This shit is so Atlanta!”.

MICHAEL : Reflet des maux de la société
Si certains le qualifient de moralisateur, MICHAEL est un album qui aborde avant-tout des sujets d’importance majeure à travers le prisme du vécu de son auteur. Killer Mike y fait son plaidoyer politique, soit. Mais depuis quelques années déjà, le rappeur militant se montre incisif, affirmant publiquement ses positions sans concession. L’album en est la continuité.
MICHAEL aborde les réalités politiques aux États-Unis, pointe du doigt le racisme systémique et l’injustice sociale, entre autres dans “DOWN BY LAW”. L’album est truffé de références aux mouvements contestataires afro-américains et ses leaders (Assata Shakur, Winnie Mandela, Malcolm X). L’intro de l’émouvant “Shed Tears” est extraite du film Notre agent de Harlem (1973) par exemple. Et le titre explore la perte et le deuil. Il résonne comme un hommage à sa mère et sa grand-mère. Killer Mike aborde par ailleurs les schémas récurrents et dysfonctionnels des relations hommes-femmes, la santé mentale, ses combats, et son chemin vers le succès. Comme le gospel qui agit comme fil conducteur dans l’album, Dieu est aussi le point commun à tous les titres. Le rappeur d’Atlanta ne se cache pas d’avoir placé cette force au centre de sa vie.
MICHAEL: Bijou de production et de motivation
MICHAEL est un opus hip-hop, brut et politique sublimé au gospel, et des chœurs qui résonnent comme la voix du peuple autour de thématiques cruciales. De manière générale, l’album entend élever les consciences et inciter chacun à prendre ses responsabilités. MICHAEL est aussi motivationnel. Il contient des discours puissants comme dans “DOWN BY LAW” ou “High & Holy”. Le discours de Dave Chapelle dans “RUN” appelle à la résilience, la persévérance et la force de la communauté.
Enfin, on ne peut finir cette critique sans aborder les moyens mis en œuvre en termes de production: le chicagoane No ID (Common, Kanye West, J. Cole), El-P son comparse de Run The Jewels avec qui ça fonctionne toujours bien. On recense aussi Cool & Dre, 808-Ray, juqsu’à André 3000 et James Blake sur le fameux “Scientists & Engineers”.
MICHAEL, l’album de Killer Mike est à découvrir en live le 29 aout prochain au Bataclan, dans le cadre du Down By Law Tour. Il sera soutenu par les harmonies gospel de Mighty Midnight Revival. On sera assurément de la partie. Et toi?






