Fréquence 224 : le Rap Guinéen Nouvelle Génération
En marge de son projet solo, la chanteuse Niariu s’intéresse de près à l’évolution de la scène rap du pays de ses parents, la Guinée. Elle s’est rendue dans la capitale Conakry au contact d’une jeunesse qui s’approprie les codes du rap et de ses ramifications. Elle y a tourné son mini-documentaire Fréquence 224 : le Rap Guinéen Nouvelle Génération.
L’année dernière, Niariu sortait Superfly. Un EP à l’énergie contagieuse, teinté de nu-soul et de rap, avec la musique traditionnelle guinéenne en filigrane. En 2022, elle nous présentait d’ailleurs 5 artistes guinéens à suivre, à travers un papier sorti chez nos confrères de Pan African Music. C’est le véritable point de départ de son travail d’ambassadrice de la musique urbaine guinéenne, qui l’influence au quotidien. L’ex-Amazone d’Afrique offre aujourd’hui un nouvel écho journalistique à son projet musical. Et ça s’appelle Fréquence 224 : le Rap Guinéen Nouvelle Génération, un documentaire co-réalisé avec Lounseny Soumah et Divineeeuu.
A Conakry, elle a rencontré les acteurs et actrices majeurs de ce mouvement qui coexiste avec les musiques traditionnelles… Et qui parfois s’y frotte. Ici, Niariu s’intéresse plutôt au présent qu’au passé, créant ainsi les archives de demain. En effet, elle est convaincue de la nécessité de documenter un « début de préservation du patrimoine culturel guinéen moderne ».
En un quart d’heure, l’artiste y valorise tout un pan underground de la culture guinéenne. Elle projette le halo de lumière sur une jeunesse créative, créant ainsi des passerelles entre la diaspora et le grand continent. Pour toi, j’ai discuté avec Niariu, histoire d’en savoir plus sur ses intentions.
3 Questions à la réalisatrice Niariu

Comment as-tu réussi à capter ce que fait cette nouvelle génération du rap guinéen en étant née et en habitant en France ?
Si j’ai pu avoir accès à ces artistes, c’est avant tout parce que je suis guinéenne. J’ai donc naturellement accès à une communauté. Pour moi, c’était facile de trouver et suivre les artistes sur les réseaux sociaux comme Facebook, TikTok et YouTube. Il y a une scène underground en Guinée qui est très développée, il n’y a pas vraiment d’industrie. Tout le monde est un peu indépendant, fait ses propres concerts, ses tournées ou sorties d’albums. Les artistes sont très débrouillards, et même en étant indépendants, ils arrivent à avoir une exposition folle sur les réseaux. Ça leur permet de faire des concerts !
A travers le documentaire, essaies-tu de donner envie à des labels, promoteurs ou autres artistes de faire le premier pas pour mettre cette génération dans la lumière ?
Effectivement, l’objectif numéro un c’était d’aller capturer cette scène au moment où elle était en train de bouillonner créativement. Au moment où elle était en train de s’écrire. C’est important que cette génération puisse se voir et puisse raconter ce qu’elle est en train de construire. C’est normalement le rôle des médias, mais en Guinée, les médias culturels ne se lanceraient pas dans ce genre de format. L’idée était donc de faire un format digeste par tous. Ainsi, les promoteurs, les médias et les labels pourront voir que quelque chose est en train de se passer en Guinée.
A ton avis, en quoi se démarque le son guinéen, qu’est ce qui le rend unique par rapport au rap des autres pays alentour ?
Je dirais que le son guinéen est unique parce que la Guinée est unique ! La Guinée est très différente des pays qui l’entourent, par son histoire. C’est le premier pays d’Afrique francophone subsaharienne à avoir été indépendant, et aussi communiste. Pendant très longtemps, on a dû nous replier sur nous-mêmes. Même s’il y avait quand même des échanges culturels très forts en termes de musique. Quand on va en Guinée, c’est une autre vibe. Il n’y a pas une grosse présence de la culture française. Ce n’est pas un très grand pays, mais c’est culturellement très varié. On a plusieurs langues, comme le Soussou, le Peul, le Malinké, on a aussi les langues forestières…
Il y a beaucoup d’identités, toutes rattachées à différents pans de l’histoire. Je trouve que ça se ressent dans la musique! Par exemple, le beatmaker CD dit dans le documentaire que lorsqu’il a un rappeur qui rappe en peul, il va ajouter une flûte peule. Chaque langue a sa propre sonorité et tape de façon différente. Par exemple, le Soussou marche très bien avec la drill ! Cette nouvelle génération assume parfaitement l’utilisation des langues guinéennes. Ils sont en train de trouver une unité !
Avec son documentaire, Niariu apporte sa pierre à l’édifice
Niariu part du constat que ces artistes ne bénéficient pas de l’exposition professionnelle et institutionnelle qu’ils méritent. Et elle entend bien apporter sa pierre à l’édifice. Grâce à ce documentaire, elle donne une nouvelle impulsion à ces actrices et acteurs de la scène. Des artistes qui font déjà des milliers de vues sur les réseaux, sans pour autant être accompagnés pour partir en tournée ou sortir des albums. Pendant la genèse de son film, l’artiste dancehall Queen Rima a gagné le prix Découvertes RFI 2025. Third et Straiker ont fait des concerts en France. Et Sheba Queen est apparue dans une vidéo virale ivoirienne qui mettait en avant les dancehall queens. L’espoir est né !






