Chronixx d’un quatre-chemins
L’industrie musicale jamaïcaine est un écosystème imprévisible dont la logique échapperait à l’observateur averti. A l’instant où le dancehall semblait imposer sa domination, un OMNI (objet musical non identifié) débarque de nulle part. Il s’agit du titre « Here comes troubles » (2013). Un an plus tôt, l’introspectif et sensible « They don’t know » (2012), ouvre à l’univers intimiste de l’artiste : c’est l’émergence de l’ère Chronixx.
Ils ne savent pas, ils me voient sourire, mais ils ne savent pas ce que je ressens à l’intérieur.
Single « They Don’t Know », Chronixx, juin 2012
Jamar Rolando McNaughton aka Chronixx est le fils du dj Chronicle. Né le 10 Octobre 1992, il grandit dans un environnement musical solide. Dès son plus jeune âge, il croise régulièrement en studio d’enregistrement des personnalités diverses telles que Burro Banton ou Gregory Isaacs. Âgé tout juste de 14 ans, il enregistre son premier titre. Rapidement, le jamaïcain débute dans la fabrication de riddims pour des artistes, parmi lesquels Konshens ou Popcaan.
Son EP Dread and Terrible fait une entrée dans Billboard Top Reggae Albums charts en 2014. Et son premier album, Chronology reçoit une nomination pour l’album reggae de l’année aux Grammy Awards 2018. Peut-être faudrait-il chercher du côté de la rupture et la continuité pour appréhender la réussite de l’artiste ?


Chronixx : distorsions musicales et marronnage
Les distorsions musicales de Chronixx nous rappellent que le monde est un espace ouvert et en relation. En effet, elles cristallisent plusieurs influences : roots, dub, hip-hop, soul, entre autres. Chronixx est crédible dans le concert des deux vitalités mobilisées : les fondations roots et la modernité. Cette vision de la musique est une belle ouverture sur l’imprévisible, profondément cohérente avec l’histoire de la Caraïbe.
Chronixx incarne l’artiste en marronnage (ndlr : en référence à la résistance à l’oppression esclavagiste et coloniale). Sa créativité se dérobe aux logiques mercantiles de l’industrie et refuse l’enfermement dans un style musical prédéterminé. Son projet artistique est conçu dans une démarche émancipatrice qui l’amène à fuir l’enfermement, y compris géographique : « (…) Rasta ne vit pas sur une terre dans les fers (Captured land, 2014). Voix du marronnage culturel moderne, la musique audacieuse de Chronixx s’inscrit dans une quête de sa propre identité.






