Ezra Collective Mood: Dieu t’a donné des pieds pour danser !
Ezra Collective sur la scène du Casino du Montreux Jazz Festival était le live à honorer absolument. Le jeudi 17 juillet, le groupe des 5, renouveau du jazz britannique, est venu honorer la prestigieuse réputation du festival avec un seul crédo: Dieu t’a donné des pieds pour danser! Oui, l’afrobeat-jazz contagieux d’Ezra Collective a fait des vagues aux abords tranquilles de ce côté du lac Léman. Mémorable!

Il est presque 22h et, contrairement à d’habitude, très peu s’essayent à quitter leur place au risque de la perdre. Ça se bouscule pour vivre l’expérience Ezra Collective sur la scène du Casino. Il faut admettre que l’afrobeat-jazz des jeunes britanniques fait des ravages partout où il prêche. Nubya Garcia, en première partie de soirée, a bien préparé le terrain. Encens, énergie, des jeux de soufflant à couper le souffle, le public est en position de réceptivité et le cœur ouvert, après avoir absorbé leur dose de talent généreusement propagé par la trompettiste. Il est désormais 22h et les chances pour les retardataires d’avoir un emplacement correct est réduit à néant. Pensée émue pour les personnes de petite taille comme moi. A défaut, de voir le spectacle, ils pourront quand même se consoler avec la sonorisation exceptionnelle, signature du Montreux Jazz Festival.
Ezra Collective fédère des danseurs libres et décomplexés
En guise d’ouverture, Ezra Collective choisit l’interlude “our element. (Act3)”, extrait de leur dernier album Dance, No One’s Watching. Et le message est clair :
Je n’ai jamais été condamné pour avoir dansé […] Et je continuerai à danser jusqu’au bout. Tu vois ces hanches ? Oh, elles sont devant. Elles sont derrière. C’est tout ce qu’elles font. Et ils tremblent tous, de toutes parts. La danse, c’est la vie. Et difficile d’être en colère quand on danse. Alors continuez! Dansez!
Extrait du titre “our element. (Act3)”

Pour briser la glace et faire abstraction du regard des autres, nous sommes invités à saluer, sourire et/ou embrasser nos voisins. Quoi de mieux que les free hugs pour propager du love? La décomplexion, c’est la clé de la liberté de se mouvoir après tout. Maintenant que l’intention est posée, et que les sourires se lisent sur les visages, place à “Ajala”. Pour la petite histoire, le titre est inspiré d’Ajala le Voyageur, un journaliste nigérian devenu populaire malgré lui lorsqu’il décide de parcourir le monde en mobylette. Concours de circonstance, son nom est devenu une expression populaire. En yoruba, le terme « Ajala voyage », signifie ne pas tenir en place, avoir la bougeotte. Et au regard de la rythmique entêtante du morceau, personne n’y résiste. La salle entière incarne le mouvement “Ajala le voyageur”. 155 bpm d’enjaillement, et… ce n’est que le début…
Une version live de Dance, No One’s Watching et des hommages
Oui, Ezra a joué son dernier album Dance, No One’s Watching. Cependant, le groupe n’a pas oublié les traditionnels big ups! Avouons-le, quand il n’y en a pas, c’est bizarre. Le premier et le plus inattendu : un hommage à Angie Stone avec une cover instrumentale de “Wish I Didn’t Miss You” menée par le saxophoniste James Mollison. Là, c’est une sacrée surprise pour moi. Et aussi, de constater tristement que très peu de personnes réagissent dans le public. Peut-être qu’ils ne connaissent pas la grandeur de notre regrettée Angie… Le clin d’oeil à Damian « Jr. Gong » Marley avec leur interprétation de “Welcome To Jamrock” a eu en revanche plus de succès! Finalement, Nubya Garcia, qui s’est produite avant eux, sera la seule invitée à les rejoindre sur scène. L’inverse aurait été surprenant. Ce soir-là, tous représentaient quand même l’excellence du jazz britannique.

Comme à l’accoutumé, Femi Koleoso, le batteur et leader d’Ezra Collective est notre maitre de cérémonie ce soir-là. Son énergie est contagieuse et galvanisante. Et quand il ponctue la setlist de ses interludes verbales, on l’écoute. Le musicien est garant des messages d’empouvoirement qui caractérisent le groupe. Et ça fait du bien ! Être soi, se défaire du regard des autres, s’enrichir de l’instant présent, et DANSER, bien évidemment.
“God Give Me Feet For Dancing”, l’hymne de la scène du Casino signé Ezra
On s’est promis que, partout où on serait autorisé à jouer notre musique, on veillerait absolument à donner à chacun la possibilité de transformer n’importe quelle salle en la plus grande piste de danse du monde. Vous m’entendez ? Alors, on va maintenant transformer cette salle en la plus grande piste de danse d’Europe. Voyez, tout cet espace dans les couloirs et devant… c’est le moment d’enfreindre les règles. J’ai envie de voir des cercles de danse partout. Je veux qu’on danse tous ensemble comme si personne ne nous regardait.
Femi Koleoso, batteur d’Ezra Collective

“Hear My Cry” annonce plus ou moins la fin du show. C’est le moment qu’ont choisi le trompettiste Ife Ogunjobi et son comparse bassiste TJ Koleoso, pour faire un bain de foule. Tradition Ezra Collective, oblige. Le quart d’heure jump up a sonné, un clin d’œil au Carnaval londonien qui honore la Caraïbe et ses multiples cultures. Il est 23h30. On doit se rendre à l’évidence : les 1h30 minutes de show en ont semblé 20. Et sincèrement, l’énergie d’Ezra Collective ressemble à la formule clubbing idéale des 40-50 ans et plus.





Les solos s’apparentent à des cérémonies rituelles, et la synergie de chacun des membres du band s’apparente à des séances qui exorcisent nos meilleurs déhanchés. Le rideau se ferme sur l’hypnotique “God Give Me Feet For Dancing”. Ce soir-là, le tune est sacré hymne officielle de la scène du Casino. Par le public, qui conforté dans une certaine forme de déni, a fait raisonné ses lyrics de la salle jusqu’aux escaliers, de la sortie du casino jusque dans la rue…
Certes, nous n’avons pu eu les verres de vin à un dollar. Néanmoins, Ezra nous a offert des lignes de basse enflammées, des moments de groove intenses. Et surtout nos pieds ont dansé sans répit, transcendés par une présence à laquelle on ne donnera pas de nom. Promesse tenue !






