Angie Stone : Diva neo soul pionnière du rap féminin
Après plus de 40 ans de doux et loyaux services, Angie Stone a tiré sa révérence. L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans mon cœur ce fameux samedi 1er mars au soir. Il n’y avait pas une meilleure façon de commencer le mois? Sigh…on ne lutte pas avec le destin. Alors, dans la gratitude et le cœur lourd, je me suis souvenue de tout ce qu’elle m’a apporté et de sa contribution au monde.
J’ai connu Angie Stone avec son album Black Diamond, en 1999. J’avais déjà plongé amoureusement dans le mouvement neo soul et cette femme généreuse débarquait, selon moi, comme la diva soulfoul qui assumait son background éclectique, et un ADN gospel puissant partie intégrante de son groove. Je la trouve unique en son genre, comme si elle réunissait en une seule personne tout ce qui me fait vibrer musicalement: soul, new jack, R&B, gospel et bien sûr neo soul.
C’est à ce moment-là que je m’élève radicalement en amour pour “Everyday” et “No More Rain (In This Cloud)”. Femme discrète qui en impose par son aura, je la trouve authentique et pure dans son approche artistique. A cette époque, je ne savais pas encore qu’elle avait contribué à façonner le rap féminin. Ni même qu’elle se nichait dans l’ombre de bon nombre de signatures renommées internationalement. De D’angelo à Lenny Kravitz, en passant par Erykah Badu ou Mariah Carey…
Des vies artistiques multiples et les prémices du rap avec des boobs
Avant d’imposer sa voix chaude et suave sur des classiques comme “No More Rain (In This Cloud)” ou “Wish I Didn’t Miss You”, Angela Laverne Stone a marqué l’histoire du hip-hop en tant que membre du groupe The Sequence à la fin des années 70. Signée chez Sugar Hill Records, le label de Sylvia Robinson (Sugar Hill Gang, Grandmaster Flash & The Furious Five), le groupe fait pas mal de bruit avec “Funk You Up”. Dans un genre alors dominé par les hommes, le trio de Caroline du Sud prouve que les femmes ont leur place. Excepté ce single, pas de gros succès commercial pour The Sequence qui reste finalement assigné aux rangs de backing vocals.
Après la dissolution du band en 1985, Angie poursuit sa carrière au sein de Mantronix puis Vertical Hold, un groupe de R&B des années 90 dont elle était la chanteuse principale. Avec des titres comme “Seems You’re Much Too Busy”, le groupe a connu un succès modéré. Cette période a marqué une transition importante pour l’artiste, lui permettant d’affiner son écriture, son approche et son identité musicale avant de se lancer en solo. C’est là que tout commence pour elle. Angie B devient Angie Stone.
Angie Stone est bien plus qu’une femme
Avant d’embrasser pleinement la neo soul, Angie Stone a aussi connu des étapes importantes. Elle devient rapidement très sollicitée en tant que choriste. Lenny Kravitz, Mary J Blige et même Vanessa Paradis la réclame. Elle accompagne D’Angelo, son compagnon de l’époque, à l’écriture de Brown Sugar (1995) et Voodoo (2000). On l’aperçoit régulièrement en tant que choriste sur les tournées du nouveau crooner. Angie Stone est par ailleurs très plébiscitée des marketeurs de l’industrie pour son oreille unique. Sa forte capacité à détecter les potentiels artistiques contribue au développement de talents comme Erykah Badu, Maxwell ou Mariah Carey. Mais finalement, elle reste toujours dans l’ombre de son super pouvoir. Plus pour longtemps! Angie Stone se sent désormais légitime dans son art et suffisamment pour investir le devant de la scène.
Avec la neo soul, Angie Stone se révèle être une artiste incontournable et complète. Son premier album solo Black Diamond (1999) reste une référence absolue du mouvement : du groove, de l’introspection et une sensualité qui transpercent chaque note. Le succès de ce premier opus, porté par le single « No More Rain (In This Cloud) », lui a permis de s’imposer comme une figure majeure du genre. Mais je dois bien avouer que le groove de “Everyday” m’a fait plus d’effet que les autres.
L’âme du Mahogany s’exprime pour le black love
Elle finit d’assoir sa position avec le projet Mahogany Soul en 2001. L’album est une pépite, sans compromis, comme une explosion de son potentiel. Il n’y a d’ailleurs aucun morceau à “skip” parmi le 18 titres. On parle d’une époque où les albums ne duraient pas moins d’une heure… Autant dire que c’est un exploit! Véritable ôde au “black love”, par la communauté pour la communauté, Angie Stone met tout le monde d’accord avec ce projet-apothéose réconfortant. Les femmes noires s’y reconnaissent, les hommes ne sont pas oublié avec “Brotha”. “Soul Insurance” résonne en intro comme le cri gospel d’Angie pour honorer ses prédéceseurs. Et puis, les deux seuls featurings (Calvin Richardson et Anthony Hamilton) sont d’une qualité suffisante pour porter seule ce 2ème format long.
Angie Stone se suffisait à elle-même. “Wish I Didn’t Miss You”, qui sample habilement le classique “Back Stabbers” des O’Jays, devient son plus grand succès. Il illustre aussi parfaitement sa capacité à transcender les genres soul, R&B et hip-hop. Cet album est une merveille et un classique de la catégorie neo soul. Avec Stone Love (2004) et The Art of Love & War (2007), chez J Records, la regretté Angie a continué d’explorer des sonorités riches et sophistiquées. Toutefois, si la reconnaissance de ses pairs était certaine, le succès commercial était plutôt mitigé. Alors que s’est-il passé?
Angie Stone est en dehors des standards: qu’importe!

Angie Stone fait partie des maitresses incontestées de la neo soul. Pendant plus de 3 ans avant de proposer Black Diamond, elle accompagnait D’angelo dans son développement. Kedar Masembourg la consultait sur le pari commercial d’Erykah Badu, ou encore le talent de Jill Scott. Pour ne citer qu’eux. A l’instar de “More than A Woman” avec Calvin Richardson, Angie est bien plus qu’une femme. Elle est auteure-compositrice-choriste-interprète, et aurait pu être manager et productrice. Reconnue de tout un réseau comme telle, elle n’a pourtant jamais été accompagnée avec sérieux au sein de sa carrière solo. C’est vrai qu’elle ne correspondait pas aux critères de beauté imposés par les diktats marketing. Mais la neo soul répondait-elle vraiment à ces lois?
Ce mouvement de niche mobilisait des communautés à tel point que ces dernières faisaient exploser les ventes. C’était suffisant pour miser sur Angie Stone au devant des caméras. A l’inverse, son abnégation l’a amené a proposé une discographie régulière et qualitative jusqu’en 2023 avec Love Langage. Et à inscrire son nom au panthéon des musiciens d’exception. Angie Stone a traversé les époques, de la naissance du hip-hop, au new jack swing, en passant par le R&B et la neo soul. Angie a traversé les tendances, les coups bas et les aléas de la vie. Au revoir et surtout merci Angie. Rest In Melody…🕊️






