P-FUNK : L’Odyssée de George Clinton
Décryptage Spécial P-Funk. Episode 3. P-Funk L’odyssée de George Clinton est le livre du français Real Muzul paru aux éditions Le Mot et Le reste, le 22 août dernier. L’ouvrage de près de 300 pages retrace l’épopée de George Clinton, l’inventeur du p-funk. Un genre musical coloré, psychédélique et revendicateur, qui a donné naissance au gangsta rap, au jazz fusion, et fortement influencé la (neo) soul. Aussi d’autres genres musicaux sur près de 60 ans d’histoire de la musique.
George Clinton semble avoir eu plusieurs vies. De ses multiples créations, l’on retient inévitablement Parliament-Funkadelic, et ses musiciens d’exception Bernie Worrell, Eddie Hazel et Bootsy Collins. Mais pour s’inscrire si fort dans l’inconscient collectif, le chemin a été long, sinueux, mouvementé et passionnant… Ses aventures méritent d’être racontées. A travers ce livre aux allures biographiques, bien au-delà du personnage drôle et délirant, l’auteur nous propose une immersion dans un pan d’histoire de la Great Black Music. Il s’agit là du seul livre original disponible en français. On se devait donc de le lire, et de t’en parler.

Du Doo-wap à Parliament-Funkadelic.
Vers 1950. Le gospel et le blues perdent l’intérêt d’un public au profit du doo-wap. Parmi ce genre musical qui fait la joie de la gente féminine, les Parliaments font leur apparition. Le groupe est composé de Georges Clinton, Clarence Haskins, Calvin Simon, Grady Thomas et Ray Davis. Ensemble, ils partent à l’assaut des scènes new-yorkaises. Coiffure on point, costumes et chorégraphies léchés, les Parliaments gagnent leur notoriété aux fameuses « Amateurs Night » de l’Apollo Theater, à Harlem. Mais ce que Clinton désire ardemment, c’est conquérir Détroit et séduire la Motown pour intégrer cette machine à hits…
Dès les premières pages, l’auteur Real Muzul plante ainsi le décor de son livre P-Funk, L’odyssée de George Clinton. La plume est précise et les détails apportés au récit nous plonge dans un environnement typique des fifties. Entre les rues, les studios et les ambiances d’époque, ta visualisation est optimale. Tu peux ainsi appréhender comment “dix nègres complètement cinglés” ont imposé le style p-funk, de sets interminables à des albums semi-canalisés.

Expérimentations, échecs à succès et résilience clintonienne.
On découvre un Cinton équilibriste agile, intelligent, et forcément visionnaire. Excentrique et déjanté certes, mais toujours un train d’avance. Dans un contexte où les labels se livraient des guerres artistiques et juridiques sans foi ni loi, le modeste coiffeur du Silk Palace dévient une véritable star, ambassadrice d’un genre unique initialement rejeté, désormais respectée de tous et de tous les milieux.
Quand la carrière de Boosty Collins décolle après avoir été remercié par James Brown, les expérimentations artistiques, tantôt douteuses tantôt brillantes de Clinton, lui ouvrent les bonnes portes. Sa gestion de Parliament et de Funkadelic, deux entités sous deux labels différents, lui permettent d’explorer sa créativité sans aucun compromis. Quant à ses rencontres, comme Prince par exemple, elles lui permettent de sans cesse échapper aux déboires, aux litiges juridiques, aux portes fermées et aux bankrupts.
Finalement, à l’image de sa musique, on pénètre un univers de science-fiction plus que réel? On entre sans enjoliveurs dans l’envers du décor d’une carrière successful complètement rocambolesque: tests et expérimentations, échecs et réussites, rejets, abandon et trahison. Le titre du livre est donc juste. Le parcours de Cinton relève d’une véritable odyssée. C’est une invitation à entrevoir les échecs comme faisant partie du chemin vers le succès. La carrière inspirante de Clinton devient une véritable leçon de résilience, une leçon de vie!

Le modèle Chocolate City: un idéal, des revendications.
George Clinton avait des idéaux. “Fougueux, sauvage, hostile à toute règle…”, notamment aux injustices subies par ses semblables afro-américains, et le pré-établi. Son œuvre était avant-tout contestataire. Chocolate City, l’album qui marque le retour des Parliament en 1975 en est l’exemple parfait. Chocolate City est avant-tout le surnom attribué à la ville de Washington. Siège du pouvoir politique blanc, majoritairement peuplée de noirs.

Clinton imagine. Pour cet album de 1975, Parliament réquisitionne la Maison Blanche. Mohamed Ali, Aretha Franklin, Richard Pryor, Stevie Wonder et James Brown incarnent la nouvelle présidence. La maison de style néoclassique devient un antre funky à la gouvernance politique assumée par des noirs. Et on ne s’en excuse pas. Bien qu’il s’agisse d’un exemple parmi tant d’autres dans le livre, c’est la vision de George Clinton qui est remarquable. Cette vision d’incarner ce qui l’anime l’aura suivie durant toute son épopée vers la démocratisation de sa musique. Et elle le suit encore aujourd’hui. Cette vision aura contribuer à injecter le p-funk dans tous les genres musicaux depuis les années 60.
Le seul livre en français sur le p-funk de George Clinton
Grace à son livre P-Funk L’odyssée de George Clinton, Real Muzul contribue à partager cette vision. Avec amour, au regard du travail de recherche et de documentation investi. Son livre offre une véritable immersion dans les différentes incarnations de Clinton. La précision des détails apportent de la richesse au contexte. Adresses, environnement social ou concurrentiel avec les labels, les noms des groupes et des musiciens de l’époque, l’immersion est réussie. Sans oublier les nombreuses références en bas de page qui apportent davantage de compréhension. Ce sera peut-être le seul aspect gênant pour le lecteur occasionnel. Tu risques de t’y perdre. Si à contrario, tu as une faim inassouvie de lecture, P-Funk L’odyssée de George Clinton est pour toi. Et POUR LA CULTURE!
P-Funk: L’odyssée de George Clinton est disponible dans toutes les bonnes librairies.






