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Sonny Rollins : D’où vient vraiment le son « St Thomas » ?


Le saxophoniste américain Sonny Rollins s’est éteint le 25 mai 2026, à 95 ans. Il emporte avec lui une histoire attendrissante. Celle de “St. Thomas”, son titre le plus connu et surtout l’un des morceaux de jazz les plus joués au monde. Mais son origine, elle, n’a rien de new-yorkaise…

Sonny Rollins, un enfant de Harlem

Sonny Rollins, de son vrai nom Theodore Walter Rollins, né le 7 septembre 1930 à Harlem. Il grandit dans un contexte où la musique s’assimile à une langue maternelle. Dans les années 30 et 40, et surtout dans ce quartier de New York, le jazz est en pleine mutation. On peut même dire qu’une rupture s’opère. Une nouvelle génération de musiciens, parmi lesquels Dizzy Gillespie, Charlie Christian ou encore Thelonious Monk, invente le bebop, premier courant du jazz moderne. Un jazz aux harmonies plus élaborées, qui bousculent les codes et les goûts. Un jazz où les rythmes se libèrent et l’improvisation devient centrale.

D’abord déroutant, surtout pour le public, il va pourtant ouvrir la voie au jazz moderne, puis au hard bop, dans les années 1950, dont Sonny Rollins deviendra l’une des figures majeures. Très jeune, il est attiré par le saxophone ténor. À l’adolescence, il côtoie déjà des figures majeures du jazz telles que Charlie Parker, Thelonious Monk ou encore Miles Davis. Et rapidement, il se distingue pour ses talents d’improvisation.

Sonny Rollins jeune
Sonny Rollins (à gauche) ©Domaine publique

Un talent des Îles Vierges américaines

Derrière cette figure du jazz new-yorkais se cache une autre histoire. Celle de ses parents originaires des Îles Vierges américaines, un archipel de la mer des Caraïbes proche de Puerto Rico. Dans une interview accordée à Smithsonian en 2011, Sonny Rollins la raconte lui-même : son père est né à Sainte-Croix, dans ce qui était encore les Îles Vierges danoises et sa mère Valborg à Saint-Thomas, une île voisine. Rollins porte donc en héritage une culture plurielle : caribéenne, danoise et américaine. Un héritage qui transpire dans sa musique. Et c’est précisément de l’une de ces îles, Saint-Thomas, que naîtra le morceau qui rendra célèbre dans le monde entier ce colosse du saxophone.

“St. Thomas” : une berceuse devenue standard mondial du jazz

En 1956, Rollins sort Saxophone Colossus, un album contenant le titre St. Thomas. Le morceau devient un incontournable du jazz, jusqu’à être considéré comme standard mondial. Inspiré des rythmes caribéens, le titre s’inscrit dans la tradition du calypso, une musique originaire des Antilles. Mais son origine est encore plus intime. Dans une interview pour la Library of Congress en 2018, Rollins explique : “La chanson était danoise, intitulée ‘Vive La Compagnie’. Ma mère la chantait, je l’entendais la chanter.” Il en fait une variation personnelle, lui donnant le nom de l’île natale de sa mère : Saint Thomas.

Sonny Rollins album saxophone colossus
Cover album Saxophone Colossus, 1957

En 1956, Rollins sort Saxophone Colossus, un album contenant le titre St. Thomas. Le morceau devient un incontournable du jazz, jusqu’à être considéré comme standard mondial. Inspiré des rythmes caribéens, le titre s’inscrit dans la tradition du calypso, une musique originaire des Antilles. Mais son origine est encore plus intime. Dans une interview pour la Library of Congress en 2018, Rollins explique : “La chanson « Vive La Compagnie » est danoise. Ma mère la chantait souvent”. Comme un hommage à la berceuse de son enfance, l’artiste en fait une variation personnelle.

Sonny Rollins rebaptise sa version de la chanson danoise « Saint Thomas », un clin d’œil à l’île natale de sa maman. Finalement, cette berceuse traditionnelle devenue profondément caribéenne a radicalement façonné son parcours. Je te laisse découvrir l’originale…

Autrement dit,“St. Thomas” n’est pas seulement un classique du jazz, c’est la mémoire d’une mélodie familiale, transmise puis réinventée. Ironiquement, Sonny Rollins lui-même ne mesure pas immédiatement l’importance du disque au moment de l’enregistrement. Plus tard, il confiera que cette session studio ne lui semblait pas si différente des autres. Pourtant, l’album s’inscrit en 2017 au National Recording Registry, concrétisant son impact sur le jazz moderne. 

Le calypso, fil rouge de la carrière de Sonny Rollins

Réduire “St. Thomas” au calypso serait une erreur, évidemment. Dans l’identité musicale de Sonny Rollins, il ne s’agit pas d’une pause exotique, mais d’un fil continu. “Ma mère avait des disques de calypso (…) J’ai grandi en jouant pour des danseurs”, raconte-t-il à Smithsonian. Il ajoute : “Quand j’étais assez jeune, je me souviens être allé danser avec elle et écouter un peu de ce type de musique.” Ce n’est que plus tard qu’il l’intègre à son langage musical. Non pas en reproduction fidèle, mais avec des arrangements qui le caractérisent. Rollins le revendique lui-même : il joue sa version, bien différente du calypso authentique des Caraïbes.

Chez Sonny Rollins, la remise en question et la réinvention artistique sont centrales. Intégrer les influences du calypso dans cet album n’est pas un cas à part. Plus tard, dans les années 70-80, Rollins se fait critiquer pour les sonorités plus électriques qu’il emprunte. Et il s’en défend sans complexe! Explorer de nouveaux territoires sonores ne l’a jamais dérangé. Le calypso en était déjà la preuve. 

Le “colosse du saxophone” Sonny Rollins s’est éteint le 25 mai dernier, dans sa demeure de Woodstock, après plus de 60 ans de carrière. Le monde du jazz retient Sonny Rollins comme un géant du hard bop new-yorkais. Et c’est précisément ce qu’il incarne. Mais réduire sa musique à New York, c’est nier une part de son identité. C’est aussi oublier sa mère originaire de Saint-Thomas, qui lui chantait une vieille chanson danoise et l’entrainait dans les bals dansants du calypso où tout a commencé. Le très connu “St. Thomas” n’est pas né dans un studio. Il existait déjà dans la voix d’une femme que son fils écoutait… 


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