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“God Gotta Afro” : le clip de Rapsody célèbre la beauté noire


Avant la sortie de son album le 21 août, Rapsody dévoile “God Gotta Afro”, hommage à la fierté et à l’héritaghe culturel noir. Sorti la semaine de Juneteenth, le clip mérite qu’on s’y attarde…

Un single ancré dans la mémoire collective

Deux ans après Please Don’t Cry, qui a fait l’unanimité, Rapsody nous offre God Gotta Afro, single qui annonce la sortie prochaine de son album God Gotta Afro & Gold Hoops, le 21 août. Le clip intervient précisément la semaine de Juneteenth, un jour qui commémore la fin de l’esclavage aux États-Unis. Une date qui inscrit d’emblée le single, et par extension l’album, dans une démarche de mémoire collective. Des symboliques fortes, que l’on retrouve tout naturellement dans le clip vidéo de “God Gotta Afro”.

Une chose saute aux yeux dès les premières secondes du clip : Rapsody arbore fièrement son afro naturel. Les cheveux sont au centre de la narration. Le clip s’ouvre sur une esthétique pleinement assumée : afro volumineux, rouge à lèvres rouge et « gold hoops » (littéralement des créoles en or). Elle s’assume pleinement, et si « Dieu a un afro » alors chaque femme noire devrait voir le divin dans son propre reflet. Elle multiplie les looks – bigoudis, cagoules colorées, bijoux maximalistes – rappant sur le toit d’une voiture jaune, puis au milieu de femmes de dos.

God Gotta Afro
L’afro coiffé en forme de carré dans le clip de « God Gotta Afro » ©Instagram Rapsody

Trois looks explosent à l’écran!

1er look : le mystère assumé. Une cagoule violette qui descend jusqu’à ses poignets, assortie d’une coiffure de la même couleur et complétée d’une veste crop bordeaux. Dans l’univers du rap, la cagoule est traditionnellement associée aux gangsters, à la dureté et à l’anonymat. Ici, elle semble complètement détournée : loin du noir ou des tons sombres habituels, elle devient violette et crochetée. En laissant dépasser ses cheveux et malgré cette pièce qui couvre tout son haut de corps, Rapsody transforme ainsi un symbole souvent lié à la violence en un accessoire fashion célébrant la créativité. Une manière, peut-être, de rappeler que l’identité noire ne se résume pas aux représentations souvent véhiculées dans le rap.

Look God Gotta Afro
Un des looks marquants du clip de « God Gotta Afro » ©Instagram de Rapsody

2ème look : l’excès maîtrisé. Une cagoule rouge, cette fois, coiffée de bigoudis et agrémentée d’une veste oversize noire. Habituellement réservés aux moments de préparation et de coiffage, les bigoudis quittent la salle de bain pour devenir un véritable accessoire de mode. Rapsody brouille ainsi les frontières entre l’intime et le public, comme pour rappeler que chaque étape de la beauté noire mérite d’être célébrée.

Rapsody clip God Gotta Afro
Un second look marquant du clip ©YouTube

3ème look : la déconstruction revendiquée. Une veste en jean ample, un pantalon ultra baggy et un afro destructuré dans lequel sont plantés deux peignes afro. En effet, si les vêtements rappellent bien les codes classiques du hip-hop des années 90, ce sont surtout les peignes qui attirent l’œil. Devenus, depuis longtemps, des symboles du mouvement Black Power, les peignes afro dépassent ici leur fonction utilitaire : structurer les boucles noires sans les casser. Plantés comme des ornements dans la coiffure, ils évoquent une couronne contemporaine, faisant de l’afro un objet de fierté plutôt qu’un cheveux à discipliner.

Une mise en scène qui interroge l’acceptation de soi

Au-delà des looks, le clip explore également les rituels de beauté noire : perles dans les cheveux, afro ou perruques… Autant de formes d’expression et de représentation de soi. Ainsi, le décor le plus marquant reste celui où l’artiste se retrouve entourée de femmes de dos, incarnant diverses coiffures : tresses, cheveux lissés et perruques. Le contraste semble volontaire. Alors que les autres femmes restent anonymes, Rapsody choisit de regarder directement la caméra en assumant pleinement sa texture naturelle.

Pas besoin d’un look spectaculaire ou d’une perruque bleu vibrante pour se distinguer en tant que femme noire. Ici, la simplicité du naturel fait figure de “black sheep” (“mouton noir”). Faut-il y voir une invitation à sortir du lot superficiel pour reprendre possession de son naturel ? Le clip ne donne pas de réponse explicite. Mais cette opposition entre les têtes anonymes et le visage révélé avec fierté pourrait symboliser le chemin vers une réappropriation de soi.

Rapsody
La scène où Rapsody est de face et les autres femmes de dos ©YouTube

Et même cette texture naturelle, Rapsody refuse de la coiffer dans les codes habituels. Son afro, dans le clip, est volontairement carré plutôt que le traditionnel rond parfait. Assurément un refus de rentrer dans les cases et de stigmatiser cette image « parfaite » que l’on doit avoir. Cette transition capillaire, l’artiste l’a aussi adoptée dans sa vie personnelle. Au-delà de l’image, c’est dans les mots de « God Gotta Afro » que la rappeuse donne tout son sens à cette mise en scène.

Rapsody
La transition capillaire de Rapsody mis en évidence par son feed Instagram ©Instagram de Rapsody

Ce que les paroles disaient avant le clip

Côté paroles, Rapsody multiplie les métaphores liées à la culture capillaire. Dès les premiers mots –“Beads in my hair going ‘Clink, clink, clink’” (« Des perles dans mes cheveux qui font ‘click, click, click' ») – elle place la chevelure noire au centre de son récit. Plus loin, elle évoque un afro « ruisselant de brillance » (« dripping afro sheen ») évoquant cet éclat qu’on associe traditionnellement à un afro qui rayonne de santé et de soin. Par ailleurs, en disant “crested with the bling » (« ornée de strass »), elle compare sa coiffure à une couronne ornée de bijoux. Dans de nombreuses cultures africaines, les ornements et coiffures capillaires signifiaient autrefois le statut social et la beauté. Un langage évocateur porté directement sur la tête. Ainsi, en les associant au “bling” contemporain, Rapsody semble relier cet héritage à l’esthétique hip-hop d’aujourd’hui.

Rapsody
Rapsody portant des perles dans le clip de « God Gotta Afro » ©YouTube

Le refrain, lui, est chanté par une chorale qui répète le titre du single comme un mantra. Ainsi, derrière ces jeux de mots, un message plus profond se dessine : l’artiste encourage les femmes noires à s’assumer pleinement. “You’re beautiful, baby, ugh, looking like you’re God twin”, clame-t-elle avec conviction. Une façon de dire que le sacré ne se trouve pas ailleurs. Il se reflète dans son propre visage, dans sa propre texture de cheveux. D’ailleurs, ce que le clip montre et que les paroles affirment, la pochette de l’album semble aussi le certifier.

La cover d’album, déjà tout un manifeste

Rapsody
La cover de l’album God Gotta Afro & Gold Hoops ©Instagram de Rapsody

La couverture de l’album, déjà dévoilée, reprend les mêmes codes symboliques que le clip et les paroles du premier morceau. On y voit un afro rectangulaire, surmonté de sept peignes afro en forme de buste africain. Bien plus qu’un simple accessoire, le peigne afro occupait une place importante dans de nombreuses cultures africaines. Orné de visage ou de motifs symboliques, il pouvait traduire le statut social ou même les croyances. Au XXème siècle, il est devenu un symbole politique. D’abord à travers le célèbre peigne orné d’un point noir, en rapport au mouvement Black Power. Une mémoire collective que Rapsody semble évoquer ici comme un acte de fierté culturelle noire.

Ces silhouettes rappellent certaines sculptures traditionnelles d’Afrique centrale, bien qu’aucune référence officielle n’a été donnée par l’artiste. Mais pourquoi sept peignes ? Rapsody ne l’a, là aussi, pas expliqué publiquement. Mais le chiffre sept possède une portée symbolique dans de nombreuses traditions religieuses et culturelles. Souvent associé à la création, à l’accomplissement ou à la perfection, le chiffre sept qualifie la connexion à Dieu et donc au divin. S’agit-il simplement d’un choix graphique ? Là encore, la pochette laisse place à l’interprétation.

Le visage qui arbore cet afro est bien celui de Rapsody. Il est coupé au niveau de ses yeux, comme pour permettre à chaque femme de s’y identifier. Cette continuité visuelle entre le clip et la pochette, confirme ce que l’album semble déjà annoncer : une exploration de l’identité et de la fierté culturelle noire. Avec “God Gotta Afro”, Rapsody pose déjà, en un seul clip, toute la grammaire visuelle et symbolique de ce qui va suivre. Alors si tu n’as toujours pas écouté la plume engagée et poétique de Rap, on t’a convaincu ?


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