Les Nubians transforment le Rocher en sanctuaire d’émotions
[LIVE REPORT] Le samedi 10 janvier 2026, Les Nubians se produisaient au Rocher de Palmer à Bordeaux dans le cadre de leur tournée européenne Re:Loaded. Après avoir porté leur musique de Paris à New York, en passant par Los Angeles et un peu partout en Afrique, Hélène et Célia Faussart reviennent sur la terre de leurs premiers pas musicaux. Elles ont délivré un concert habité, qui mêle mémoire, transmission et messages d’amour, à l’image de leurs deux classiques Princesses Nubiennes et One Step Forward. Un moment suspendu nécessaire en ces temps troubles… Report. Photos signées @nazmojito.

On aurait adoré que la salle soit remplie. Mais la génération des Nubians est présente au Rocher de Palmer malgré tout. Parmi eux des parents venus avec leurs enfants pour assurer une certaine transmission, aux côtés d’autres curieux prêts à honorer comme il se doit le retour scénique à Bordeaux de nos Princesses Nubiennes. Les visages s’illuminent à l’apparition sous les projecteurs d’Hélène et Célia. Telle une apparition céleste, elles sont vêtues de blanc en hommage à leur maman disparue, et ornées de colliers- plastron en kente qui tisse les liens entre héritage et ancestralité. Très vite, une communion s’installe entre elles et leur public. Les sœurs Faussart ouvrent leur cercle de chant sacré en compagnie de leurs musiciens.
Entre basses et chœurs, la musique des Nubians respire
L’on retrouve la basse profonde de Thierry Jean-Pierre, la batterie souple de Samuel Laviso, le clavier enveloppant signé Dany Lavital et, enfin, les chœurs divinement habités de Marie-Judith Athus. Ensemble, ils donnent chair aux morceaux de Princesses Nubiennes et One Step Forward, les deux albums qui ont fait leur renommée. Ainsi, le Rocher de Palmer vibre dès les premières notes de “Demain jazz”, une ouverture douce et pleine d’espoir qui interroge notre futur, comme un pont entre le passé et cet avenir incertain qui nous inquiète tous. Entre souvenirs et espoir, la musique respire. Elle soigne. Et, avec la paix pour étendard, la cérémonie a officiellement commencé.
Communion avec le public, le griot est une femme


Les titres s’enchaînent naturellement, entre groove, recueillement et élans collectifs. On danse parfois. On ferme les yeux souvent. Bien sûr, on chante aussi. Mais chez Les Nubians, à l’instar du conte et de la poésie pour le griot, la parole compte autant que les notes. Pour leurs interludes, elles prennent le temps. Ainsi, le ton se veut cérémonial pour revendiquer la paix et, par conséquent, arborer l’amour. De plus, Hélène prône l’ancrage et l’alignement, et partage également un bout de science des chakras. Pour atteindre cette stabilité, “ Il faut écouter 15 minutes de reggae par jour ! Ce qui fait de Bordeaux une ville alignée ! Parce que je sais qu’ici, vous adorez le reggae ! ” lance Hélène. Quoi de mieux pour introduire “Un coup de couteau dans le dos” et brandir l’étendard One Love ! Il n’en fallait pas plus pour voir les sourires se dessiner et les corps se mouvoir avec nonchalance.
“Tabou”, “Princesses Nubiennes”, le show déroule son fil autour du respect pour les femmes et les mères. Celle des Nubians, en particulier, qui a quitté son village d’Afrique, sa forêt, pour s’ouvrir au monde et élever deux filles fortes. La salle est attentive, l’hommage est poignant. “La guerre” devient alors plus qu’un titre : une offrande, un rappel, presque une prière.
Hommage et souvenirs : Les Nubians big up ceux qui sont partis
Ce soir-là, nous avons vibré sur les titres incontournables des Nubians au Rocher de Palmer. On a vécu une pluie d’hommages emplis de gratitude. Les Nubians ouvrent “Les Portes du Souvenir” pour saluer les artistes disparus en 2025, ceux qui ont nourri la culture à l’image de Quincy Jones, Angie Stone ou encore D’Angelo. Une pensée appuyée pour Peetah Morgan, pilier du groupe Morgan Heritage, tristement disparu. Avec lui, elles interprétaient “Brothers & Sisters”.. Plus tard, un clin d’œil à Roy Ayers avec “Everybody Loves the Sunshine” résonne à notre grande surprise. S’agit-il d’un morceau inédit ou encore d’un unreleased, on l’ignore…


L’amour comme boussole au Rocher de Palmer
Et puis il y a l’amour. Toujours. Central. Répété. Inlassable. « Manger amour. Parler amour. Travailler amour. Danser amour ». Le public est invité à répondre, à chanter, à scander l’amour en plusieurs langues : “Love, Amour, Je t’aime, Te amo, Te quiero, N’a Lingio”. Bien sûr, le love va au-delà des frontières : il est universel. Ainsi, la salle devient chœur sur la mélodie de “Amour à mort”. Mais cet amour n’est pas un refuge naïf. C’est une réponse. Une position. Une force face au monde. Ainsi, quand Hélène cite Max Romeo — “One Step Forward, Two Steps Backward” — elle ne se contente pas de la formule : elle l’actualise avec une lucidité désarmante. “Aujourd’hui, on a fait one step forward… a hundred steps backward”. Une phrase qui résonne alors comme un constat amer face aux tensions du monde, aux conflits, ainsi qu’aux reculs sociaux et humains qui marquent notre époque.
Mais loin de s’arrêter à ce diagnostic, elle invite à répondre par l’amour, encore plus fort, encore plus loin. Dans ce contexte, “One Step Forward” devient plus qu’un titre. C’est un mantra. Une manière de se reprogrammer collectivement, de continuer à marcher malgré les chutes, de croire encore au mouvement, même quand tout semble reculer. Une avancée fragile, peut-être, mais nécessaire. Le concert s’achève sur “Makeda”, que nous attendions tous avec impatience. La salle chante d’une seule voix. Un moment suspendu. Le Rocher de Palmer n’est plus seulement un lieu de concert. Il devient un espace de communion solennel.
Les Nubians: Une musique qui traverse le temps, un message qui demeure
Encore une fois, Les Nubians prouvent que leur musique traverse le temps et les continents. Nées à Bordeaux, leurs a cappella résonnaient déjà avec force et grâce avant de porter leur art au niveau national, de Paris à Bordeaux, et international, jusqu’à New York ou Los Angeles. Elles ont ainsi imposé leur style Afropean Soul et l’ont rendu unique et reconnaissable de tous. Ce soir-là, au Rocher de Palmer, Les Nubians revenaient à la source, là où tout a commencé, et ont transformé la salle en sanctuaire d’émotions et de partage. Entre souvenirs, hommages et messages d’amour universel, Hélène et Célia Faussart ont alors rappelé pourquoi elles sont devenues des icônes.
Leur art soigne, élève et rassemble. Ainsi, Les Nubians ne se contentent pas de chanter : elles font vivre un héritage, enraciné dans l’histoire et tourné vers l’avenir. Trente ans après leurs premiers pas musicaux dans la capitale girondine, elles avancent toujours, fidèles à leurs convictions. L’amour reste l’acte primordial, et la musique, une force qui rassemble. Portées par cette ferveur intacte, elles semblent donc ouvrir la porte à la suite… et pourquoi pas à un troisième album très attendu ?
En attendant un nouvel album, (re)découvre les diques Princesses Nubiennes et One Step Farward. En passant par notre lien d’affiliation, tu soutiens aussi notre média indépendant.






